Podcast L’Onde Green / Episode 2 : Rencontre avec Caroline Pilastre

Transcription

[Aurore, Narratrice]

Bonjour à tous et bienvenue dans le podcast L’Onde Green, le slow podcast par Madison Communication qui vous propose de prendre le temps de rencontrer un acteur engagé par épisode. Réduire les impacts environnementaux, contribuer à une société plus inclusive, se mobiliser pour accentuer la prise de conscience de l’urgence climatique, nous avons choisi de vous présenter des initiatives qui nous ont inspiré. Alors, prêts à vous laisser porter par l’Onde Green ?

Pour ce nouveau numéro, nous vous emmenons à la rencontre de Caroline Pilastre, chroniqueuse radio que l’on peut entendre actuellement sur Sud Radio. Caroline a une déficience visuelle due à une pathologie rétinienne qui s’est déclarée à l’adolescence. Aujourd’hui, elle est activement engagée dans la cause du handicap et elle participe aux recherches pour améliorer l’accessibilité des outils digitaux. Dans cet épisode, nous revenons avec elle sur la nécessité de faire des outils numériques et plus particulièrement des réseaux sociaux, un espace accessible à tous. Et pour commencer, nous lui avons demandé de nous expliquer comment navigue-t-on sur le web, lorsque l’on est malvoyant ?

 [Caroline Pilastre]

Alors c’est extrêmement compliqué, même si maintenant il y a quand même pas mal d’outils qui sont adaptés à mon handicap visuel. Je suis hyper connecté de par mes activités médiatiques et parce que j’aime ça aussi. J’aime me renseigner sur ce qui m’entoure. Je fais tout auditivement et quand je n’arrive pas à avoir certaines informations, j’utilise des appareillages spécialisés et des aides techniques, tel un télé agrandisseur qui permet de grossir les caractères énormément. Donc j’ai trois mots d’une phrase, ce qui est très fastidieux et fatiguant visuellement. Mais ça me permet d’avoir encore la lecture visuellement parce que mes oreilles sont mes yeux et que je lis auditivement. En plus, j’ai un autre appareillage spécialisé qui s’appelle le MyEye d’Orcam pour lequel je suis ambassadrice France, mais c’est pas pour ça que je l’utilise. C’est un appareil nomade qui me transmet les informations auditives. Donc je pointe du doigt n’importe quel support, ça reconnaît même les visages et j’ai l’information. Mais à l’arrivée, c’est exactement comme pour mon iPhone ou mon iPad, ce qui fait que, au quotidien, ça demande beaucoup de temps. C’est donc chronophage. C’est assez fatigant, mais c’est mon mode de fonctionnement.

[Aurore, Narratrice]

Il existe donc aujourd’hui des moyens techniques pour permettre aux déficients visuels d’utiliser les réseaux sociaux. Des dispositifs utiles, mais qui n’empêchent pas que la navigation sur les réseaux sociaux puisse être complexe et ressemble parfois au parcours du combattant.

[Caroline Pilastre]

Alors, là où j’ai des soucis au quotidien, c’est vraiment, par exemple, quand j’envoie un tweet ou que je décide d’écrire un post. Souvent, malheureusement, le paramétrage sur l’iPhone ou la tablette n’est pas adapté et fait énormément de fautes. Sauf que vous, en tant que bien-voyants, vous pouvez rectifier immédiatement. Moi, il n’y a que mes oreilles qui peuvent me dire si ça paraît convenable. Sauf que je peux pas me référer à ça s’il y a des fautes grammaticales. Donc je vais sur mon télé-agrandisseur. Je n’envoie jamais un message écrit, à part si ce sont mes proches parce qu’évidemment ils sont habitués, hors de chez moi. Si ça doit être un message plus carré, plus officiel, quelqu’un que je ne connais pas, donc je ne veux pas qu’ils pensent justement que j’ai un problème d’illettrisme. Ce qui fait que ça prend énormément de temps parce que je passe du vocal, je vais sur mon télé-agrandisseur, de là, je coupe ma synthèse vocale pour avoir accès aux renseignements, aux infos et ensuite j’efface. Donc je peux mettre une demi-heure minimum, ce n’est pas une blague, à faire un texto en bon français. Pareil pour mes posts sur Twitter ainsi que sur les autres réseaux sociaux.

[Aurore, Narratrice]

Les outils utilisés par Caroline sont des aides techniques pour faciliter la navigation des personnes malvoyantes sur le Web. Mais les difficultés qu’elles rencontrent pour utiliser les réseaux sociaux tiennent aussi au fait qu’ils n’ont pas encore totalement intégré les normes d’accessibilité. Pourtant, il existe un référentiel international appelé directives WCAG qui pose les règles pour rendre les contenus du web accessibles.

[Caroline Pilastre]

Même si je suis consciente que tous ces outils ont révolutionné ma manière de communiquer. Je vous donne un exemple très simple, avant d’avoir un smartphone avec un paramétrage spécialisé, donc j’utilise Voice Over et Siri sur tout ce qui est appareils Apple. Je dicte le message, il me le lie en retour. Avant, j’utilisais un petit portable classique, mais s’il n’y avait personne à côté de moi pour m’envoyer un texto, tout le monde autour de moi savait qu’il ne fallait jamais me contacter par ce biais. Donc je passais uniquement par le vocal. Ce qui fait que ça m’isolé. Et c’est ça le problème. Dans le monde du handicap, même si les nouvelles technologies, une fois de plus, ont révolutionné notre quotidien, je serais mal placé pour dire le contraire parce que je ne pourrais plus faire sans. Mais en même temps, ça isole. Dans certains cas, quand malheureusement les entreprises, les marques ne pensent pas à l’accessibilité numérique. Et donc, on en revient à la fracture numérique. Ce genre de choses est pensé pour le plus grand nombre, le plus grand nombre valide et pas le plus grand nombre des personnes qui représentent une minorité, mais quand même importante. Parce que, je tiens à le rappeler, nous sommes 12 millions de personnes en situation de handicap en France, donc on est quand même une majorité silencieuse. Et en l’occurrence 2 millions de malvoyants et d’aveugles malgré tout.

[Aurore, narratrice]

Caroline a pu noter des évolutions dans les fonctionnalités des réseaux sociaux qui favorisent aujourd’hui l’accessibilité.

[Caroline Pilastre]

Alors oui, il y a eu des évolutions. Je vous le dis, moi, je n’ai pas un smartphone depuis dix ans. Ça doit faire cinq six ans parce qu’avant la fameuse marque à la pomme, il n’y avait pas d’applications spécialisées. Il n’y avait pas ce système de Voice Over et de Siri qui a été créé à la base comme un gadget, pour les personnes valides, pour leur faciliter le quotidien au niveau du timing. Mais à l’arrivée, ça nous sert, à nous, pour utiliser ce système et avoir accès à la communication au même titre que tous. Maintenant, quand j’ai une photo sur Facebook ou sur Instagram, la majorité du temps, la photo va être décrite. Donc je sais combien il va y avoir de personnes, si c’est à l’extérieur ou à l’intérieur. Donc ça, c’est des évolutions très concrètes que je n’avais pas au préalable. Et ayant la chance d’avoir un restant très faible d’acuité visuelle, je peux me servir de ce fameux télé-agrandisseur pour, en grossissant au maximum, avoir les informations. Mais une personne aveugle était encore plus exclue que moi puisqu’elle savait que c’était une photo mais à partir du moment où il n’y a pas l’audiodescription, où il n’y a pas la traduction pour nous, on ne peut pas savoir ce qu’il y a sur cette photo. Donc c’est assez compliqué. Maintenant, au fur et à mesure du temps, je me rends compte qu’ils prennent en considération cette problématique. Peut-être parce que nous sommes beaucoup d’acteurs dans le monde à essayer d’agir et qu’il y a beaucoup d’entreprises qui sont vertueuses et qui se rendent compte aussi qu’on est des clients, qu’on est des usagers comme les autres et qu’on a le droit à ces informations. Donc, il y a quelques évolutions. Il faut quand même le signaler. Ça va dans le bon sens, mais c’est encore très long. Et c’est pourquoi nous sommes très nombreux à insister sur cette question.

[Aurore, narratrice]

Maintenant que nous avons posé tous ces constats. On peut se demander de quelle manière les réseaux sociaux peuvent remédier aux difficultés rencontrées par les personnes en situation de handicap lorsqu’elles les utilisent. Pour Caroline, il pourrait y avoir des démarches assez simples.

[Caroline Pilastre]

Je pense qu’il faut un retour. Comme d’habitude, c’est une question de formation et de sensibilisation. Si, par exemple, on nous demandait notre opinion, peut-être qu’avec ces retours, justement, les réseaux sociaux pourraient faire des efforts supplémentaires et se rendre compte de nos besoins au quotidien. Evidemment, on ne peut pas faire du cas par cas parce que ça dépend de si la personne est hyper connectée ou si elle y va ponctuellement. Chacun a des manières de consommer le net différemment, mais il y a quand même des points qui arrivent à ressortir de manière fréquente et dont on se plaint tous. Donc je pense que oui. Il faudrait vraiment, en dehors de pousser des coups de gueule, nous demander notre opinion parce qu’en fait on est les premiers concernés et que quand ce sont des gens qui n’ont pas cette problématique, qui pensent à votre place et qui essayent d’œuvrer pour améliorer, mais qui ne sont pas conscients en fin de compte de nos réalités, ça pose un problème. C’est un hic. Donc voilà ce que je leur demanderai, c’est de faire un jour, alors je ne sais pas comment ça pourrait se mettre en place, clairement, un petit référendum des réseaux sociaux pour améliorer l’accessibilité. Si c’était, en plus, mondial, je pense que là, on pourrait taper dans le 1000. Et ça serait tout bénéfice aussi pour eux parce qu’ils auraient, je pense, encore plus d’utilisateurs, pour le coup, parce que beaucoup de personnes se privent justement d’aller sur les réseaux sociaux à cause de cette raison, parce que nous n’avons pas les informations en temps réel ou nous ne les avons pas du tout. Et en plus, c’est très chronophage. Donc à un moment donné, quand c’est le parcours du combattant, vous renoncez tout simplement

[Aurore, narratrice]

En dehors des réseaux sociaux, Caroline porte aussi son engagement depuis peu sur la webtélé PDATV ou elle anime la première émission récurrente sur le sujet du handicap, baptisée « Cap ou pas cap » ? Alors effectivement, ça fait peu de temps que j’ai pris cette animation. C’est une émission dédiée au handicap qui en parle de manière bienveillante, sans nier nos réalités. Évidemment, ce n’est pas neutre parce qu’elle est animée par une personne handicapée visuelle. Je suis handicapée à 80 % de taux d’invalidité, même si de prime abord, j’ai un handicap invisible. Et forcément, lorsque je ne suis pas dans des médias généralistes, je défends la cause du handicap, donc, je suis un peu juge et partie. Mais mon rôle est totalement différent de celui de chroniqueuse éditorialiste, que je suis depuis près de cinq ans maintenant. Et là, le fait d’animer une émission dédiée au handicap, ça me tient à cœur parce que c’est foncièrement mon ADN et je mets en lumière les actions d’autrui. Donc je pense que, modestement, à mon niveau, c’est une émission qui peut intéresser le grand public parce qu’il n’y en a pas encore jusqu’à présent, de manière récurrente, nationalement. Et voilà, c’est un nouveau challenge, une sacrée émulation. Je suis évidemment très fier, vu ce que je représente et mon combat dans le handicap, d’avoir été choisie par cette direction pour l’animer.

[Aurore, narratrice]

Vous avez écouté le deuxième épisode de L’Onde Green, le podcast qui vous emmène à la rencontre d’acteurs engagés dans la transition. Un épisode qui, on l’espère, vous aura convaincu de la nécessité de tenir compte de l’accessibilité dans la communication sur les réseaux. N’hésitez pas à aller découvrir l’émission « Cap ou pas cap » animée par Caroline Pilastre sur la webtélé, PDATV.fr et à la suivre sur les réseaux sociaux. Nous vous donnons rendez-vous dans le prochain numéro de l’Onde Green. À très vite pour une prochaine rencontre.

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